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Les Journées Nationales d'Etudes de la S.F.P.S.
 

Vers une vision psycho - sociale de l'intervention psychologique dans le contexte sportif (mars 1997)

La psychologie sociale favorise l'émergence d'une fructueuse dialectique entre le contexte sportif et le champ de la psychologie. Le sujet sportif qui définit la liberté qui est la sienne de même que le contexte sportif n'existe que par le sujet sportif qui seul peut le porter et lui donner vie. Dans cette perspective, le psychologue n'est pas uniquement au service du sujet sportif. Il est aussi au service d'une demande qui provient d'un complexe dans lequel se tisse des constituants hétérogènes inséparablement associés : les rites et les symboles de l'institution sportive, la subjectivité et la singularité du sujet sportif.

Face à l'émergence de cette complexité, il ne s'agit pas pour le psychologue de simplifier une réalité. Il s'agit au contraire d'articuler l'hétérogénéité et les contradictions qui relient un sujet social (l'institution sportive) à un sujet individuel (le sportif). Il s'agit alors pour le psychologue de prendre en compte cinq dimensions constitutives d'une intervention :

  1. Une intervention psychologique ne peut débuter qu'à partir de l'expression d'une demande. Il importe donc dans un premier temps de pouvoir se poser les questions qui conditionneront la mise en place effective de l'intervention : Qui est à l'origine de la demande ? Quels sont les acteurs sociaux qui en sont écartés ou qui y participent ? Quels sont les événements qui ont favorisé l'émergence de la demande ?

  2. L'intervention du psychologue dans le contexte sportif prend du sens lorsque cohabitent une offre et une demande. Il serait illusoire pour la psychologie du sport d'oublier ce principe : il n'y pas de demande sans offre. Si le psychologue offre ses services aux acteurs sociaux de la sphère sportive, c'est qu'une demande d'intervention émerge comme une interaction entre des sujets vivant des situations apparaissant insolubles et l'image qu'ils ont des compétences du psychologue.

  3. L'intervention psychologique dans le champ sportif relève rarement d'un domaine qui appartient au champ rationnel des recherches psychosociologiques théorico - expérimentales. Dans une intervention, le psychologue ne peut différer ses hypothèses explicatives dans la mesure où les phénomènes humains et sociaux ont des significations non artificiellement provoquées et isolées.

  4. L'intervention du psychologue dans le contexte sportif ne doit pas se réduire à la prestation d'un service déterminé a priori, à la simple application d'une technique. L'excellence sportive se construit également dans un acte d'énonciation qui ne peut être compris sans référence au sujet qui l'émet, ni au contexte dans lequel il se situe.

  5. Le devenir d'une intervention n'est pas défini de façon unilatérale par une commande mais résultent d'une demande négociée par les différents parties concernées. Cette construction de la commande à partir d'une demande négociée s'inscrit dans une perspective où la réciprocité de l'individuel et du collectif, du psychologique et du social est valorisé.

C'est à partir de la prise en compte de ces cinq dimensions qu'une intervention psycho - sociale, en prenant une dimension clinique, va permettre aux sujets sportifs de se réapproprier une trajectoire sportive qui cohabite avec une trajectoire de vie.

Gilles LECOCQ
Jean - Cyrille LECOQ

Bibliographie :

  • Barus-Michel, J. (1987). Le sujet social. Paris : Dunod.
  • Barus-Michel, J. Giust-Desprairies, F.,& Ridel, L. (1996). Crises : approche sociale clinique. Paris : D.D.B.
  • Dubost, J. (1987). L'intervention psycho-sociologique. Paris : P.U.F.
  • Enriquez, E. (1992). L'organisation en analyse. Paris : P.U.F.
  • Lecocq, G. (1996). D'Atalante à Atlanta. Le Journal des Psychologues, 139, 21-26

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De la prise en compte des paradoxes au tennis, pour un équilibre du joueur (mars 1999)

Dans le cadre d'un mémoire thèse de recherche, en vue de l'obtention du diplôme de psychologue, nous avons eu l'accord du conseiller technique régional pour réaliser un travail sur la pratique du tennis dans une ligue. Cette structure sportive située dans chaque département représente la Fédération Française de Tennis. Elle a pour vocation principale la détection, la sélection puis la formation de futurs joueurs. Nous devions tenir compte de certaines restrictions. Tout d'abord, il ne fallait pas faire passer des tests aux adolescents. Ensuite, les parents ne devaient pas être tenu au courant de notre travail. Afin de respecter ces restrictions, nous sommes entrés dans cette organisation sous la forme de partenaire d'entraînement pour les adolescents et d'étudiant en psychologie pour les entraîneurs.

Évoluant au coeur d'une telle institution, nous nous sommes appuyés sur la psychologie sociale clinique qui interroge l'homme en société et dans ses relations avec les autres. Elle tente de définir la nature du lien social et essaye de se placer sur un terrain où elle rencontre le sujet social, là où il s'énonce. (Barus - Michel, 1987). Nous avons relevé les principaux dysfonctionnement présents dans la nébuleuse constituée par les relations entre les entraîneurs, les joueurs et leurs familles grâce à l'outil méthodologique qu'est l'observation.

Pour nous, elle représente l'outil le mieux adapté pour analyser un cadre social, ses interactions, son fonctionnement, ses problèmes et ses solutions.

Nous avons fait le choix d'une observation (Blanchet et al. , 1987) :

  • directe (nous sommes avec les adolescents sur le terrain de tennis),
  • en situation culturelle (cela permet de favoriser une attitude que nous qualifierons de laisser faire, pour ne pas influencer les acteurs sociaux que nous observons et ne pas sous estimer la présence de biais),
  • narrative (tenue d'un cahier de bord pour la réalisation d'un récit relevant avec précision la chronologie des événements, leur enchaînement et qualifiant les états successifs des observés),
  • attributive (repérer la présence ou l'absence de phénomènes),
  • participante passive (présence assez longue de l'observateur participant avec le groupe qui entre dans le jeu, observe mais ne touche à rien),
  • longitudinale fonctionnelle (recueil systématique des données pour décrire et comprendre la dynamique d'une conduite complexe face à une tâche précise),
  • à faible inférence (fait de se centrer sur ce qui est directement perceptible et de le retranscrire immédiatement),
  • systématique faisant varier le degré de focalisation (cela nous permet d'allier une attention soutenue ouverte à ce qui est attendu et imprévu, flexible pour repérer des indices oubliés ou jugés a priori moins pertinents).

C'est sous la forme de paradoxe qu'apparaissent les relations à l'intérieur du système constitué par les entraîneurs, les joueurs et leurs familles. Nous évoquerons, dans ce qui suit, les plus pertinents.

Premier paradoxe : besoin d'athlètes et rejet de la cellule familiale

Afin de répondre aux exigences de sa fédération, former des athlètes de niveau national et international, chaque ligue a développé une politique (détection, sélection, formation) sur les conseils d'un référent technique (un ancien joueur ou une ancienne joueuse de haut niveau). La ligue, dans laquelle nous travaillons, a développé une opération dite " lutin" (enfants âgés de 7-8 ans) qui se déroule sur plusieurs week-ends. Au cours d'une telle opération, les parents sont tenus à l'écart des terrains de tennis pour ne pas perturber et interférer dans le travail d'évaluation pratiqué par les enseignants. Ils vont juger les aptitudes physiques, techniques, l'engagement des joueurs et leur comportement. Cette opération peut s'assimiler à de la prospection de matière première pour cette véritable usine à champions.

Ensuite, les entraîneurs vont façonner, suivant la représentation qu'ils se font du champion, ces joueurs (les parents n'ont pas accès à certains tournois auxquels leurs enfants participent). La cellule familiale est perçue comme une entrave au développement du futur champion, en le soumettant à une "pression" supplémentaire.

Une telle attitude, même si elle est fondée, s'apparente à une forme d'enlèvement. Cela génère, logiquement, un sentiment de frustration chez les parents car l'entraîneur, dans ce contexte, devient un substitut familial (il y des moments privilégiés entre l'entraîneur et le jeune athlète comme un père avec son enfant).

Deuxième paradoxe : autonomie/infantilisation

L'obtention d'un champion nécessite l'apparition d'une forme d'autonomie, de responsabilité de celui-ci. Seulement, nous remarquons qu'il se trouve maintenu dans un contexte infantilisant. En effet, le manque de communication constructive avec la famille, pensant agir pour le mieux, se traduit par l'adoption de conduites entravant le développement d'une autonomie. Nombreux sont les parents et en particulier la mère qui prépare le goûter, fait le sac de son enfant avant la compétition. Elle va même jusqu'à porter ce sac dans le coffre de sa voiture. Il arrive aussi que le père soit chargé d'aller chercher la raquette fétiche chez le cordeur. Nous avons pu constater que les dates de vacances, les horaires quotidiens de la famille sont prévus, établis en fonction des entraînements, des tournois des joueurs. Ajoutons à cela, le rôle de chauffeur que vont jouer les parents vis à vis de leurs enfants qui ne sont pas en âge de conduire.

Nous avons relevé une inversion des rôles. C'est à dire que les parents, pour soustraire leurs enfants à des soucis supplémentaires qui pourraient apparaître sur le terrain, diminuent la part de responsabilité de celui-ci. Par conséquent, ils maintiennent et agrandissent la part d'infantilisation. Ceci est clairement apparu lors d'un stage de ski fond auquel nous avons participé. Car beaucoup d'adolescents étaient incapables de ranger leurs matériels, de faire preuve d'un minimum de débrouillardise.

Troisième paradoxe : la répression des émotions

 L'entraîneur transmet à l'athlète en devenir, une technique. Nous l'assimilons à un recueil de savoir technique. Il est une référence pour le joueur. Durant les compétitions, le joueur doit se polariser sur le jeu de l'adversaire pour le battre. La technique laisse place à l'émotion. Ce qui a été appris doit être désappris. L'aspect émotionnel n'est pas abordé de façon spécifique à l'entraînement. L'expression des émotions est jugée déstructurante par les entraîneurs. Ceci à juste titre puisque nous remarquons que bons nombres de joueurs se sont constitués une "cuirasse musculaire" dont ils sont prisonniers. La bioénergie développée par A. Lowen contribuerait à la supprimer au moyen d'exercice (posture, enracinement) qui mettent en relation le psychisme et le corps. Cela leur permettra d'apprécier la vie car : " On ne peut pas réussir dans la vie en luttant contre soi-même. L'effort que l'on fait pour surmonter son corps est voué à l'échec." (Lowen, 1976).

Au cours de certains matchs, nous avons observé un comportement de régression de la part du joueur. En effet, envahit par l'émotionnel, il reprenait des vieux gestes techniques que l'entraîneur lui avait pourtant corrigés à l'entraînement.

Conclusion :

En relevant la présence de ces différents paradoxes pour y mettre un terme, le psychologue peut alors instaurer un climat entre la famille, le joueur et l'entraîneur, favorable à l'établissement d'un bien-être de l'athlète. Car le psychologue se situe à l'interface d'un idéal d'accomplissement individuel (l'athlète) et d'un idéal d'accomplissement transpersonnel (l'être, le moi essentiel). Il accompagne l'athlète, qui se réalise dans sa trajectoire sportive, tout en étant confronté à sa trajectoire personnelle et à celle de l'institution dans laquelle il évolue. Un tel accompagnement permet le passage de l'athlète à " l'être-athlète" afin de réaliser sa légende personnelle (Coelho, 1994).

Nous avons pu amorcer un tel travail avec la Fédération Québécoise de Tennis par la constitution de groupes de paroles entre les parents et les entraîneurs. Cela a permis de clarifier, repositionner les rôles de chacun. Ainsi, des parents ont pris conscience qu'ils entravaient le travail des entraîneurs par des analyses d'après match, des conseils maladroits pour lesquels ils ne sont pas compétents. D'autres ont réalisés qu'ils étaient une source supplémentaire de stress alors qu'ils pensaient soulager leurs enfants. Les entraîneurs ont admis que la cellule familiale matérialisait l'aspect émotionnel auquel on ne peut se soustraire.

Nous terminerons par l'évocation du classement français qui est de nature paradoxale. Ce dernier est un signe de reconnaissance. Seulement, les meilleurs joueurs se voient attribuer un classement négatif. Comment un individu, vivant dans une société où l'aspect positif est associé à la notion de meilleur, peut-il concilier le négatif et l'excellence? Une telle association peut-être à l'origine d'un conflit interne chez le joueur.

Jean - Cyrille LECOQ
Psychologue spécialisé dans le sport

Bibliographie :

  • Blanchet, A. (1987). Les techniques d'enquête en sciences sociales. Paris : Dunod.
  • Barus-Michel, J. (1987). Le sujet social : étude de psychologie sociale clinique. Paris : Dunod.
  • Coelho, P. (1994). L'alchimiste. Paris : Anne Carrière.
  • Lowen, A. (1985). La bio-énergie. Paris : Tchou.

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Un exemple de préparation psychologique dans le tennis (juillet 2000)

La société Avantage Mental®, Centre de Psychologie du Sport, mets à la disposition des athlètes un programme de préparation psychologique personnalisé afin d'améliorer leurs performances et leurs quotidiens.

Nous considérons l'athlète en tant qu'être humain qui, pour se réaliser, prend la pratique sportive comme mode d'expression et objet d'accomplissement d'un désir de réussite.

Nous allons exposer dans ce qui suit un programme de préparation mentale d'un joueur de tennis de niveau international.

Notre travail débute en mai 97 :

Le joueur fait alors partie des premiers athlètes professionnels français, dans ce sport, à faire appel à un psychologue. Les pertes de sensations et de coordinations motrices, ajoutées à des résultats décevants, le poussent à rencontrer l'un d'entre-nous sur les recommandations d'un entraîneur.

Les premières séances sont destinées à évaluer le fonctionnement psychologique de ce joueur.

Nous avons conçu, pour cette évaluation, une grille d'observation des comportements du joueur en match de compétition. Ainsi, nous relevons ses conduites adaptées et inadaptées lors des matches. Par exemple, une démarche rapide pour ramasser les balles et se replacer, traduit, dans certains cas, une attitude défaitiste de la part du joueur (dont il n'a pas conscience) comme s' il voulait en terminer rapidement.

Notons que cette grille est affinée afin d'être la plus adaptée possible au joueur, au fur et à mesure des entretiens où nous visionnons, à l'aide de la vidéo, chaque match, point par point.

Elle servira, par la suite, de référant pour quantifier les progrès accomplis par le joueur.

En parallèle, pour étayer cette évaluation psychologique, nous mettons en place des entretiens cliniques qui portent sur la vie de l'athlète, la passation de questionnaires d'aptitudes, ainsi que, ce que nous appelons, "l'immersion du psychologue dans l'environnement du sportif". Cette dernière action nous permet de collaborer avec son équipe technique, d'observer ses comportements sur son lieu d'entraînement, et, d'analyser la sphère affective (entourage proche : couple, parents, amis).

L'observation et l'évaluation du joueur terminées, nous entrons dans une phase de restitution et de formation.

Dans un premier temps, nous amenons l'athlète à prendre conscience des ressources qu'il utilise spontanément face aux difficultés rencontrées.

En l'aidant à mieux comprendre certaines aptitudes mentales, transversales à tous les sports, comme la confiance en soi, la concentration et l'activation, nous lui permettons de reconsidérer son potentiel.

Nous sommes en septembre 97 :

La période d'entraînement mental peut débuter. Elle se divise en deux étapes successives.

Dans une première étape, notre travail consiste à choisir les outils adaptés pour aider notre sportif à développer ses ressources. L'entretien au sens de Rogers nous permet de travailler, à la demande de l'athlète, sur des problèmes d'ordre personnel susceptibles de le perturber dans sa vie de sportif de haut niveau.

L'apprentissage de techniques telles que la relaxation progressive type Jacobson, l'imagerie mentale... est mis en place dans le but d'améliorer son activation et sa confiance. Nous conseillons le joueur à adopter des comportements adaptés sur le court de tennis.

La programmation de ces séances qui se déroulent en alternance en salle et sur le terrain s'effectue en fonction des disponibilités de l'athlète (périodes pré ou post compétitives, récupération physique). Remarquons que ce moment de travail inscrit dans le programme d'entraînement mental constitue un bon indicateur de la détermination de l'athlète dans son désir de développer ses compétences.

La seconde étape, le suivi psychologique, permet au psychologue d'accompagner l'athlète dans ses efforts de développement mental, et de l'amener progressivement vers une autonomie croissante puisqu'il va s'entraîner la plupart du temps seul à appliquer et perfectionner ses nouvelles compétences. Il sera d'ailleurs capable de s'auto évaluer grâce à une fiche d'état mental complétée au cours des entraînements et des compétitions.

Cependant, nous continuons, d'une part, à l'évaluer par quelques observations ponctuelles en situation de compétition, en utilisant notre grille d'observation comportementale. Elle sera analysée avec le joueur lors d'un entretien post-compétitif où il pourra verbaliser sur son comportement, son monologue interne et ses émotions dans le but d'en tirer des enseignements constructifs à court terme et structurants pour l'avenir.

Enfin, notre rôle consiste à intervenir dans la gestion de son programme annuel de compétition, en particulier sur le thème délicat de la récupération mentale représentant une des spécialités de notre société Avantage Mental.

Nous sommes maintenant en octobre 1999 :

Notre joueur est à nouveau "opérant" sur le circuit professionnel. Sa "force mentale" est reconnue (selon les joueurs, les entraîneurs, les médias...). Notre système d'auto évaluation permet aussi de le vérifier.

Jusqu'à la fin de sa carrière sportive, toujours dans le cadre du suivi psychologique, nous nous tiendrons à la disposition du joueur quelle que soit sa demande (entretien, techniques, projet de reconversion...).

Pour conclure, précisons que notre démarche ne consiste pas à "assister" ou à "contrôler" en permanence le mental de l'athlète. Elle s'inscrit plutôt dans une volonté de privilégier son autonomie et sa maturation tant sur le plan de ses performances que sur le plan personnel. Elle lui permettra de mieux s'adapter à l'environnement singulier dans lequel il baigne.

Jean - Cyrille LECOQ
Jean - Marc SURDEAU
Psychologues spécialisés dans le sport

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