Chaque année, juste avant l'été, se déroulent à la porte d'Auteuil les Internationaux de France de Tennis. Le tennis est un combat violent dans la réalisation des coups mais il demande aussi de l'adresse. Il peut être comparé à une synthèse entre la corrida espagnole et le jeu d'échecs. Le terrain, entouré de gradins, constitue une arène, où le sable est remplacé par la terre battue. La tenue de tennis et la raquette sont l'équivalent de la muleta du torero, de son épée et de son habit de lumière. Les deux adversaires, comme le taureau, sortent de l'obscurité des vestiaires pour affronter la lumière du jour, les spectateurs et les médias. Tout est en place pour le combat et la mort symbolique de l'un des deux protagonistes.
Vaincra celui qui aura su mettre en défaut la technique de l'autre en s'appuyant sur la stratégie d'ensemble du jeu. Dans la corrida, l'homme guerrier, représentant l'agilité, l'humanité, affronte le taureau, représentant la bestialité, la force brute. Le spectateur connaît l'issue : la mort du taureau. Au tennis, pour les deux hommes en scène, l'issue est incertaine : le vainqueur n'est pas connu à l'avance. La notion de double, de gémellité est présente, comme si chaque adversaire jouait face à un miroir, contre un jumeau lui permettant de projeter son agressivité.
La symétrie du cours de tennis est comparable à celle d'un échiquier, terrain d'un affrontement intellectuel où chaque coup est préparé avec minutie pour déstabiliser l'adversaire. Un joueur de tennis prépare avec son coach un plan de match. Il en est de même pour les échecs : connaissance de plusieurs parties et ouvertures.
Le matador et le taureau de la corrida espagnole représentent le mouvement, l'aspect physique du tennis. Les échecs symbolisent le plan intellectuel, la tactique des joueurs de tennis, qui s'affrontent pour savourer l'instant magique de la victoire, la mise à mort du taureau, échec et mat. Cet état de joie intense, comparable à " l'assomption triomphante, de mimique jubilatoire et de complaisance ludique décrite par J. Lacan (1936) " (D. Anzieu, Dictionnaire de psychologie, 1991) de l'enfant devant le miroir lorsqu'il se reconnaît, est amplifié par le cadre, l'arène qui fait résonner les applaudissements du public.
Cette identification est jubilatoire car elle apporte la preuve de son identité corporelle à l'enfant qui triomphe de ses angoisses primitives de morcellement. Selon Winnicott, il s'agit d'une expérience positive où la mère et l'environnement maternant primaire permettent à l'enfant - ici le vainqueur - d'avoir une image de lui, en miroir, à laquelle s'identifier.
Mais si les joueurs affrontent un adversaire bien réel, n'oublions pas celui qui sommeille en eux-mêmes. Celui qui sait le mieux projeter sur son rival ce double haïssable sortira vainqueur. Car deux adversaires à battre, c'est beaucoup pour un seul homme et de nombreux sportifs finissent par craquer nerveusement.
Le psychologue du sport intervient quand les fantasmes, les sentiments et les identifications dans la compétition des joueurs gênent et freinent leur évolution d'hommes. Il est là pour soulager les peurs suscitées par le combat. Chaque match est une remise en question des acquis du joueur. Chaque affrontement peut en effet le renforcer dans son humanité ou dans son animalité suivant qu'il gagne ou perd.
Jean - Cyrille LECOQ
Étudiant en psychologie
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On le sait chaque jour un peu plus : les affaires de dopage sont nombreuses. Elles alimentent un esprit de suspicion sur la crédibilité des performances sportives dans leur ensemble. Pire encore ! Elles ne font que renforcer l'idée selon laquelle l'athlète est un homme machine, sorte de cyborg auquel il suffit d'administrer des substances chimiques pour améliorer ses performances. Cette pratique, organisée à l'échelle internationale par des " Drs Frankenstein " en herbe, ne connaissant pas tous les effets des substances utilisées, a pour seul but de rassurer les entraîneurs, les sponsors, les familles et les athlètes eux-mêmes lors d'enjeux importants.
Un tel contexte nous montre que ces stimulants se substituent à la nécessité d'instaurer un cadre où peut s'exprimer librement le psychisme de l'athlète. Bâillonné de la sorte, le sportif tait le manque de communication tant verbale que non verbale auquel il est confronté. Le dopage devient par là même un moyen efficace, l'équivalent d'un anesthésique de contact, pour masquer, gommer ce manque et répondre avant tout aux enjeux des compétitions. Par contre, en considérant l'athlète comme un être humain qui, pour se réaliser, prend la pratique sportive comme mode d'expression, d'accomplissement d'un désir, le psychologue du sport le suit dans son projet de vie au cœur d'une réalité sociale dont les contradictions sont nombreuses.
Nous désignons cet accompagnement par le terme d'"être-athlète" dont l'aboutissement est l'autonomie du sportif. Au même titre que d'autres plans comme le médical, la diététique et le physique, l'aspect psychologique sert de fondement pour l'écoute de l'athlète. Dès lors la blessure, la contre-performance sont interprétées comme un message qui, ne trouvant pas d'espace pour s'exprimer, le fait de cette façon. Dans ce domaine, notre psychologue dispose d'outils (tests, entretiens, questionnaires, etc.) et de techniques (la relaxation, l'imagerie mentale, l'hypnose, la bioénergie, etc.) afin de devenir un médiateur, un décrypteur du langage du psychisme de l'athlète. Il doit être présent sur le terrain au moment des entraînements et des compétitions, afin de mieux cerner avec le sportif ses faiblesses et ses forces. Ce suivi prend de la valeur grâce à une programmation individuelle. C'est-à-dire dans le choix pertinent de la technique à utiliser pour un athlète donné. Cette adaptabilité évite de tomber dans le travers de l'application d'une même technique pour tous.
Ainsi, par la mobilisation des ressources dont tout athlète dispose et dont il n'a pas toujours conscience, nous remarquons qu'une amélioration sur le terrain s'accompagne d'une amélioration dans son quotidien et réciproquement.
Finalement, le passage de l'athlète à" l'être-athlète " permet de contrer le dopage en dominant la malhonnêteté, la tricherie, parce que " la joie est un sentiment qui naît lorsque l'on est vrai avec soi-même " (A. Lowen, La joie retrouvée, 1995).
Jean - Cyrille LECOQ
Psychologue spécialisé dans le sport
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