| L'Histoire de la Psychologie du Sport en France |
(d'après Que sais-je? n° 2110) |
Les premiers qui se rapprochent de la psychologie du sport sont dus à des philosophes, Bernard Guillemain, Jacques Ulmann et Michel Bernard. Tous les trois furent, à tour de rôle, professeur de psychopédagogie à l' École normale supérieure d' Éducation physique et sportive, et s'intéressèrent donc aux questions relatives aux activités corporelles. Bernard Guillemain publia Le sport et l'éducation (1965), Jacques Ulmann, De la gymnastique aux sports modernes (1965) et Michel Bernard, plusieurs ouvrages sur le corps. Michel Bouet, professeur de psychologie à l'Université de Rennes ouvrit dans notre pays la voie de la nouvelle discipline grâce à deux livres, Signification du Sport (1968) et Les motivations des sportifs (1969), qui représentaient son travail de thèse d' État. Le premier constitue une approche phénoménologique du sport. Le second ouvrage, réalisé à partir de questionnaires et d'outils cliniques, est un inventaire des motivations qui poussent un sujet à la pratique. Mais le véritable fondateur de la psychologie du sport est Georges Rioux. Professeur de psychologie à l' Université de Tours, celui-ci publia le premier livre à caractère vraiment scientifique, L'équipe dans les sports collectifs. Écrit en collaboration avec Raymond Chappuis, cet ouvrage donnait aux entraîneurs un outil leur permettant de dépasser les limites du simple empirisme. Georges Rioux fonde en 1973 la Société Française de Psychologie du Sport et d' Éducation Corporelle, ou S.F.P.S.E.C, qui prend la suite de la Société Française de Psychologie des Sports créée en 1967 et elle-même issue d'une sous-commission de psychologie des sports dépendant du Haut Comité des Sports (1966). La S.F.P.S.E.C était affiliée à l' I.S.S.P et organisait des journées d'étude et des colloques rassemblant les spécialistes français et les meilleurs étrangers. En 1988, l'association est accaparée par certains éléments des UFR Staps et prend le nom de Société Française de Psychologie du Sport, présentation effectuée dans une intention de simplification et d'efficacité, mais il est dommage que le souci éducatif marqué par Georges Rioux grâce au terme " éducation corporelle" disparaisse du sigle de l'association qui organise en 1990 un Congrès à Montpellier. D'autres psychologues se sont, à l'initiative de Georges Rioux, intéressés à l'étude du sport. Raymond Chappuis, professeur à l' Université de Tours, a longtemps travaillé au sein du milieu sportif, et a contribué avec Raymond Thomas à donner une certaine crédibilité à la psychologie du sport à partir des année 1965. Raymond Thomas, professeur à l' Université de Paris X et ancien recordman de France d'athlétisme, a particulièrement étudié le domaine des capacités physiques. Longtemps enseignant à l' Institut National des Sports et à l'École Normale Supérieure d'E.P.S, il a contribué au développement de la recherche scientifique dans ces établissements, étant à l'origine des différents laboratoires. Dirigeant plusieurs collections d'ouvrages il a écrit de nombreux livres : La réussite sportive (1975), La préparation psychologique du sportif (1991). Edgard Thill, professeur à l' Université de Clermont-Ferrand II, après avoir été responsable du laboratoire de psychologie de l' I.N.S.E.P, fut aussi l'un des pionniers de la discipline. Il s'est particulièrement intéressé à l'étude de la personnalité, puis à celle de la motivation. Parmi les précurseurs rappelons aussi d'une part le remarquable travail accompli sous une approche multidisciplinaire par le regretté professeur Bernard Jeu à l' Université Lille II, d'autre part les recherches menées par Jean Le Camus, professeur à l' Université de Toulouse, sur la motricité. C'est à partir des travaux de ces chercheurs que se sont constitués les différents champs de la psychologie du sport en France. C'est aussi à partir de leurs idées que les recherches ont été menées. A d'abord été analysée la personnalité du sportif avec notamment Edgar Thill et Raymond Thomas. Mais ce thème d'étude a été relativement abandonné comme ce fut le cas dans d'autres pays. Actuellement le secteur d'application de la psychologie du sport semble l'un des plus prometteurs est celui de la préparation psychologique du sportif. Il est surtout étudié par Guy Missoum, à l' Université Paris X, responsables d'importantes recherches sur l'optimisation de la performance et auteur de différents ouvrages sur cette question. A la même université, Raymond Thomas a aussi publié un livre consacré à ce sujet. Christine Le Scanff, à l' Université de Caen, qui fut pendant un certain temps membre du laboratoire de psychologie de l' I.N.S.E.P, s'investit également sur ce thème. Rivolier, professeur à l' Université de Reims, étudie particulièrement les situations de stress et d'isolement extrêmes ce qui l'entraîne à traiter de la préparation psychologique. Signalons enfin Marc lévèque abordant ce sujet de manière plus clinique à l' Université de Dijon. Autre secteur de recherche celui de l'apprentissage moteur. Deux groupes de spécialistes l'étudient. Le premier comprend ceux qui utilisent les neurosciences et le second l'approche écologique. Dans le premier, Michel Lauent, professeur à l' Université d'Aix-Marseille II, effectue un travail remarquable en analysant notamment l'attention et la prise d'information visuelle, secteur d'étude également d' Hubert Ripoll, professeur à l'Université de Poitiers, et de Vincent Nougier à l' Université de Grenoble. Jean Keller, à l' Université de Paris V étudie le développement des habiletés motrices. Dans le second, Jean-Pierre Famose, professeur à l' Université Paris XI, après avoir dirigé le laboratoire de psychologie de l'I.N.S.E.P, a su impulser tout un secteur de recherche auquel participe Jean Berstch, professeur à l' Université de Caen, qui a crée un laboratoire très dynamique et Marc Durand à l' Université de Montpellier. Pierre Vayer et Charles Roncin, à l' Université de Rennes II, participent également à ce courant écologique en étudiant l'enfant dans son milieu, et ont publié de nombreux ouvrages. Autre secteur important, celui la psychologie sociale du sport, il est exploré par plusieurs chercheurs, notamment Gérard Bruant, professeur à l' Université de Toulouse, qui conduit les travaux dans le secteur des représentations sociales, Jean Lorant, à l' Université Paris V spécialisé dans la même direction, Richard Pfsiter, à l' Université d'Aix-Marseille qui travaille sur l'agressivité et a conçu une classification des interactions agressives très pertinente, Raymond Thomas qui s'intéresse à l'influence de la pratique sportive sur l'intégration sociale, Claude Bayer qui étudie l'équipe sportive, Jacques Gleyse analysant les représentations sociales de l'E.P.S, à l'I.U.F.M de Montpellier. N'oublions pas certains universitaires s'intéressant à des secteurs de la sociologie très proches de la psychologie, tels Pierre Parlebas, professeur à l' Université Paris V, dont les recherches originales sont très connues, ou Charles Pigeassou qui analyse les représentations sociales à l' Université de Montpellier. Le laboratoire de psychologie de l'I.N.S.E.P sous la direction de Philippe Fleurance, avec l'aide de Didier Delignière, Jean-Jacques Temprado et Anne Marsellini, occupe une position particulière car là se développent de nombreux travaux sur le sport de haut niveau, en étroite relation avec les fédérations. De par la nature des demandes fédérales les domaines explorés sont multiples. Existe aussi un courant clinique avec notamment Pierre Therme à l' Université d'Aix-Marseille qui travaille sur le symbolisme relationnel. Marie-Héléne Brousse à l'I.N.S.E.P et Françoise Labridy à l'Université de Nancy pratiquent, elles, une approche psychanalytique. Évidement la recherche existe en dehors des UFR Staps, mais nous ne pouvons mentionner tous les spécialistes. Les différents universitaires cités précédemment ont pour la plus part changés d'affectation, nous avons donc fait un choix en les nommant. Nous avons voulu montrer qu'il existe une certain dynamisme et une diversification des travaux en France dans la dernière décennie. Nous en voulons pour preuve le nombre grandissant des travaux et communications des étudiants, jeunes chercheurs lors des journées d'étude de la S.F.P.S ainsi que celui de ses membres. Au regard de ce qui précède, vous constaterez que la psychologie du sport est en plein développement. C'est pourquoi la S.F.P.S met sur pied une charte de l'éthique de l'intervention en psychologie du sport afin d'éviter les abus et le charlatanisme. |